La panoplie des désordres informationnels
"Bien que les réseaux sociaux occupent une place prépondérante dans l’accès à l’information, il serait erroné de croire qu’ils ont pour vocation d’informer. Ces plateformes diffusent des contenus créés par une multitude d’utilisateurs à l’expertise et motivations variées. Vérités et contre-vérités y coexistent, tandis que le fonctionnement algorithmique de ces plateformes numériques favorise la viralité au détriment de la fiabilité. [...] Selon la définition proposée par les chercheurs Claire WARDLE et Hussein DERAKHSHAN, les désordres informationnels se déclinent en trois catégories, qu’ils classent en fonction de leur degré de fausseté et leur capacité de nuisance.
La mésinformation désigne des informations erronées ou trompeuses diffusées de manière non intentionnelle. Il peut s’agir d’erreurs involontaires, de rumeurs non vérifiées ou encore de contenus satiriques mal interprétés. La désinformation, en revanche, désigne des informations intentionnellement falsifiées ou manipulées, créées et propagées dans le but explicite d’induire en erreur ou de causer un préjudice. Enfin, la malinformation concerne des informations fondées sur des faits réels, mais sorties de leur contexte ou déformées de manière malveillante afin de nuire à une personne, une organisation ou une cause.
À ces trois catégories s’ajoutent d’autres formes de manipulation informationnelle, comme la propagande, qui vise à influencer l’opinion publique à des fins politiques ou idéologiques, souvent en ne présentant qu’une version partiale des faits. Les théories du complot, quant à elles, reposent sur des récits construits pour interpréter des événements de manière biaisée, en attribuant des intentions cachées à des groupes ou institutions. Enfin, la notion de vérité alternative, popularisée lors du premier mandat de Donald TRUMP, illustre une remise en cause des faits établis au profit de récits subjectifs ou idéologiques, contribuant ainsi à l’érosion de la confiance dans les sources d’information traditionnelles.
Les réseaux sociaux jouent un rôle critique dans la propagation des désordres informationnels. Leur fonctionnement, basé sur une économie de l’attention, favorise la diffusion rapide et étendue de publications problématiques, et la mise en avant des contenus générant des réactions fortes qui sont souvent liés à des émotions intenses comme la colère, l’indignation ou la peur. Ces biais émotionnels accentuent la propagation de messages sensationnalistes au détriment d’informations vérifiées et nuancées. De plus, les algorithmes des réseaux sociaux ont tendance à proposer à leurs utilisateurs des contenus en accord avec leurs opinions et croyances préexistantes, limitant leur exposition à des perspectives divergentes. Pour toutes ces raisons, les désordres informationnels y circulent bien plus rapidement que des informations authentiques."
Source : extraits choisis d'un article de Laurence DIERICKX, docteure de l’ULB, dans la revue i2d