Sciences Po Paris lance un master de lutte contre la désinformation
"La désinformation est un "risque majeur". [...] Aujourd’hui, la désinformation a conquis l’espace médiatique, politique, économique, numérique, de manière exponentielle. Comment la détecter, la désamorcer, la contrer ? Cela exige de plus en plus d’expertise, de maîtrise des outils technologiques et cela peut s’apprendre. En France, Sciences Po Paris lance un master qualifié d'"inédit" pour former des experts hybrides de la désinformation, capables de "riposter". [...] Si le besoin se fait pressant en experts de la donnée, de l’investigation numérique, Alice Antheaume constate que les formations en la matière sont fragmentaires, voire sommaires dans certains domaines : "Ce qui nous a été dit, c’est qu’il y a une sorte de Far West de l’OSINT en ligne (NDRL : méthode de renseignement à partir de sources ouvertes/publiques) avec différents niveaux de formations et beaucoup de formations sur le tas mais pas de master structuré et que, dans ce Far West, il n’y a pas non plus de limites éthiques claires". [...]
Les futurs étudiants devraient donc apprendre des techniques d’investigation très poussées (numériques, en open source), les enjeux géostratégiques pour qu’ils puissent décrypter ce qui sous-tend les guerres informationnelles, et être sensibilisés à la déontologie et à l’éthique journalistique. [...] [Ils] pourront devenir journalistes d’investigation, data journalistes (qui exploitent et comparent des données statistiques), journalistes OSINT ou open source (qui enquêtent à partir de documents librement accessibles principalement sur internet). Ils pourraient aussi opter pour le secteur économique en devenant analystes en e-réputation, veilleurs stratégiques, ou enquêteurs forensic (qui analysent les traces numériques lors de crimes informatiques). Ils pourraient enfin se mettre au service d’un Etat en tant qu’analystes en risque (géopolitique ou pays) pour veiller par exemple à la régularité d’élections."
Source : Article RTBF
Les LLM donnent une réponse dont vous connaissez moins facilement la qualité
“Les IA apprennent par imitation, et les LLM reproduisent de façon probabiliste sans expliquer. On pense que les LLM sont plus efficaces que les moteurs de recherche. En réalité, les LLM donnent plus facilement une réponse dont vous connaissez moins facilement la qualité. Cela signifie que vous acceptez délibérément de vous déposséder d’une partie de votre esprit critique. Pour les plus jeunes, c’est une machine à décerveler. Je pense que l’Occident avance sans réfléchir. »
Source : idées résumées de Jean-Marc Jancovici dans une interview de 2025
Le chatbot "Uncensored AI" propage des théories du complot sur l'Europe
"Nous sommes de plus en plus nombreux à utiliser des chatbots d’IA dans notre vie quotidienne, que ce soit pour demander des conseils, nous aider dans notre travail ou faire des recherches. Mais que se passe-t-il lorsque ces chatbots se mettent à diffuser de la désinformation et des théories du complot ?
On sait qu’il faut être prudent lorsqu’on utilise des chatbots d’IA, car ils commettent assez fréquemment des erreurs factuelles. Mais NewsGuard a découvert qu’un chatbot baptisé « Uncensored AI » est délibérément utilisé par des comptes conservateurs très suivis sur les réseaux sociaux pour diffuser des affirmations farfelues tout en semblant crédibles."
Source : article d'Euronews
L'intelligence artificielle devient-elle une commodité comme une autre ?
L'IA n'est plus un sujet de recherche complexe réservé aux experts. Elle devient de plus en plus utilisée comme une commodité, c'est-à-dire un outil standard, simple et omniprésent dans le quotidien de chacun. Elle sera de plus en plus intégrée dans nos outils numériques, pour les entreprises comme pour les particuliers.
Pour l'entreprise
L’intelligence artificielle générative est désormais inscrite dans les outils de travail intellectuel. Pour une entreprise, c'est une capacité nouvelle à absorber des milliers de pages, générer des pistes, comparer des solutions, prototyper un service, simuler des scénarios, préparer des variantes. Une entreprise industrielle peut mieux documenter ses processus, optimiser sa maintenance, analyser ses incidents qualité. Une biotech peut explorer davantage d'hypothèses. Un entrepreneur isolé peut tester des idées qui auraient semblé trop coûteuses quelques années plus tôt. Dans le secteur informatique, le constat est clair : chaque éditeur de logiciel, chaque constructeur a intégré l'IA à son catalogue. Copilot ici, agents IA là, GPT partout. L'IA est partout, mais les résultats ne suivent pas. Entre les promesses des uns et les attentes parfois déçues des clients, le chemin est étroit.
"La valeur ne réside plus dans l'accès à la technologie elle-même, mais dans la manière spécifique dont on l'intègre pour répondre à des besoins concrets."
Pour l'individu
L'IA devient un dispositif désormais inscrit « par défaut » dans l'écriture et la réflexion. L'IA y est présentée comme une commodité d'usage dont on dépend presque inconsciemment pour relire des brouillons, structurer des idées ou rédiger des courriels, rendant son usage indissociable de la condition contemporaine de tout un chacun. Cela ne veut pas dire que tout devient facile, ni que l'intelligence humaine devient secondaire. Au contraire, quand une ressource devient abondante, la rareté se déplace. Si tout le monde a accès à des modèles puissants, l'avantage ne viendra pas du simple fait "d'utiliser l'IA". Il viendra de la qualité des données, de l'expertise métier, de la compréhension fine du client, de la capacité à poser les bonnes questions, à vérifier les réponses, à décider malgré l'incertitude.
La dépendance
Notre époque est marquée par la rapidité des transformations technologiques. Une part de la difficulté tient à ce que nous sommes en relation de dépendance avec ces outils, sans toujours en avoir conscience. L'IA devient une sorte de commodité cognitive, comme l'électricité l'est devenue pour l'énergie, ou le cloud pour la puissance informatique. Si l’on regardait vraiment l’IA, on ne pourrait plus la traiter comme une présence étrangère commode dont on use sans la saluer. On serait obligé d’en penser le statut, les conditions de production, les effets concrets, et de modifier en retour son propre rapport à l’écriture et à la pensée.
"Le privilège ne sera peut-être plus de savoir beaucoup de choses, mais de savoir quoi demander, quoi croire, et surtout quoi en faire."
Conclusion
L'âge de l'intelligence comme commodité ne sera donc pas seulement celui des machines qui pensent à notre place. Ce sera plutôt celui où beaucoup plus d'acteurs auront accès à une puissance cognitive autrefois réservée aux grandes organisations. Et dans ce monde-là, le privilège ne sera peut-être plus de savoir beaucoup de choses, mais de savoir quoi demander, quoi croire, et surtout quoi en faire. Allons-nous bâtir un écosystème où l'expertise humaine et la puissance technologique se renforceront mutuellement, loin de l'uniformisation ? Utiliserons-nous des agents IA qui amplifieront nos expertises uniques ? Nous le saurons bientôt.
Sources : Résumé des ressources web ci-dessous.
1. Article: Quand l'IA devient une commodité
2. Article: Compromission consciente avec l’intelligence artificielle
3. Vidéo de la société Digitalkin
L'arme de la guerre de l'information n'est pas le mensonge parfait, mais le bruit absolu
"Notre cerveau [...] est une machine à prédictions fonctionnant dans une boucle de rétroaction. Il projette en permanence un modèle du monde sur la réalité. Les informations qu'il reçoit de l'extérieur servent alors à calculer l'erreur de prédiction, c'est à dire l'écart entre ce qu'il attendait et ce qu'il perçoit. Selon certaines théories, l'objectif du cerveau est de minimiser cette erreur (minimiser l'énergie libre) pour maintenir son équilibre, soit en mettant à jour son modèle, soit en ignorant les signaux discordants. [...]
La "guerre cognitive" moderne (comme l'analysent Hung & Hung sur les stratégies ciblant Taïwan) cherche [...] à détruire la machinerie même qui nous permet d'évaluer nos erreurs de prédiction. Comment ? En saturant l'environnement de signaux non seulement faux, mais surtout hautement entropiques, contradictoires et volatils. Face à un environnement totalement chaotique où le signal de l'erreur est noyé dans le bruit (deepfakes, bots, déclarations absurdes), le cerveau s'adapte en réduisant à zéro la confiance qu'il accorde aux signaux entrants.
Il se découple du réel. Il ne met plus ses modèles à jour. Il ne sait plus s'il a raison ou tort, car le monde ne lui fournit plus de feedback évaluable. [...] L'objectif est de vous plonger dans un état où aucun récit collectif ne peut plus se stabiliser, rendant toute coopération sociale et toute action politique cognitivement impossibles."
- Nicolas Spatola, Chercheur en Psychologie Sociales et Cognitives, PhD.
Source : extraits choisis d'un billet sur LinkedIn.com
L'IA générative, outil de recherche courant pour les étudiants en sciences humaines
Archimag nous renseigne que "Sans surprise, l'IA générative est devenue un outil de recherche courant pour les étudiants européens en sciences humaines. 61 % d'entre eux déclarent l'utiliser couramment, très loin devant les catalogues des bibliothèques (38 %). Pour les bibliothécaires, cette préférence pour l'IA soulève des questions auxquelles s'ajoute un autre chiffre préoccupant : la bibliothèque reste avant tout valorisée comme espace de travail calme (75 % des répondants), loin devant l'accès aux ressources numériques (48 %) ou l'emprunt de livres (39 %). Selon une enquête menée auprès de 2 294 étudiants (bachelor, master et doctorat), ces nouvelles pratiques documentaires donnent à réfléchir sur les attentes des étudiant : "ils privilégient les contenus "rentables" plutôt que les sources fiables", explique Cécile Touitou, chargée de mission Prospective à la bibliothèque de Sciences Po ; "ils nous disent qu'ils utilisent peu les documents primaires dont la lecture peut être exigeante, longue, et ardue, et passent désormais par l'IA pour en obtenir la synthèse."
Source : extrait choisi de l'article d'Archimag "Face à l'IA, les étudiants sont des utilisateurs circonspects". Publié également dans la newsletter "Le Bibliothécaire Innovant" n°50 - 17 mars 2026.
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